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Limiè Karayib: Jean PRICE-MARS


“C’est parce que nos ancêtres furent des Hommes qui souffrirent, qui aimèrent, qui espérèrent, que nous pouvons nous aussi prétendre à la pleine dignité d’être des hommes, malgré la brutale insolence des impérialismes de tous les ordres”


Jean Price-Mars naît dans la commune de Grande-Rivière-Du-Nord à Haïti en 1876. Il suit en France puis à Haïti des études de médecine à la conclusion desquelles il sera diplômé. Médecin de profession donc, mais aussi diplomate, ethnographe, homme politique, écrivain… et illustre monument du paysage socio-culturel Haïtien.


Il est connu pour être l’un des premiers initiateurs de la Négritude en Haïti. Mais aussi et surtout pour son travail d’ethnographe, grâce auquel il laissera une empreinte indélébile dans la définition de l’identité haïtienne.


Essayiste de renom, son œuvre Ainsi parla l’oncle brille dans sa postérité. L’ouvrage regroupe ses conférences où il explore le folklore et la mythologie haïtienne.


Jean Price-Mars nous propose une étude ethnographique de la culture Haïtienne. L’écrivain nous offre une enquête à la recherche des origines du mythos haïtien, pour ainsi comprendre les transformations qu’il a subi. Par cela l'auteur restaure les mémoires et vécus ancestraux. Il perpétue la transmission des traditions et marque à l’encre de sa plume l’intersectionnalité extraordinaire qui a fait de Haïti ce qu’elle est aujourd'hui.


En tant que lectorat caribéen nous ne pouvons ignorer les similitudes tant dans nos traditions que dans nos croyances.

Jean-Price Mars nous aide aussi, populations caribéennes, à comprendre nos origines, aussi multiples soient-elles, qui nous rassemblent autant qu’elles nous séparent.


L'objectif premier de Jean Price Mars est de mettre fin à l'effacement, volontaire ou non, du folklore haïtien au profit de la culture française. Une menace insidieuse, attaquant les mémoires et les identités:


Dans les mots du Dr. Price-Mars:


“Mais par une logique implacable, au fur et à mesure que nous nous efforçons de nous croire des Français “colorés”, nous dés-apprenions à être des Haïtiens tout court, c’est à dire des hommes nés en des conditions historiques déterminées ayant ramassé dans leur âme comme tout les autres groupements humains, un complexe psychologique qui donne à la communauté haïtienne sa physionomie spécifique.
Dès lors, tout ce qui est authentiquement indigène —langage, moeurs, sentiments, croyances — devient suspect, entaché de mauvais goût aux yeux des élites éprises de nostalgie de la patrie perdue”

Ainsi, par ses écrits et ses paroles il tente de faire renouer la population haïtienne à ses origines.


 

Haïti est un immense creuset, dont le métissage en fait une nation marquée de contradictions. Ce mélange se distingue notamment à travers les traditions orales, la religion vaudou et les arts littéraires.


Les esclaves des terres d'Afrique, déportés de force sur les côtes caribéennes, ont emmené avec eux un bagage émotionnel et spirituel lourd de traditions ancestrales et de croyances primordiales.


Ainsi, malgré les efforts cruels des colons européens de leurs arracher leurs racines pour planter dans leurs esprits les dogmes du christianisme, les esclaves ont su conserver à travers la parole l'essentiel de leurs vies passées.


{...} Pas un bourgeon, un souffle, une cellule ne peut actuellement se dérober à la solidarité biologique qui relie la matière vivante d’aujourd’hui à l’énergie première que les nègres d’Afrique déposèrent avec leurs larmes, leur sueur et leur sang dans le sol de l’antique Quisqueya pour la transformer en notre pays Haïti.

Ces souvenirs fragmentés se sont transformés par la nécessité de la condition d'esclave et de l'écoulement des années. On y retrouve à présent un entrelacement d'Europe, d'Afrique et de Caraïbe.


 

Ne peut-on pas aussi dire cela de nos territoires ? La Martinique et la Guadeloupe partagent avec le reste de la Caraïbe les mêmes plaies béantes, des traumatismes similaires, des victoires partagées.


La culture haïtienne que décrit Jean Price-Mars nous rappelle des éléments de nos identités, de nos sociétés.


Dans le Tjembwa/Kembwa des Antilles se retrouve la cosmogonie du Vaudou Haïtien.


Les contes des grands-parents narrent les aventures de Bouki et Malis, Compère Lapin et Compère Zamba, de Fort-de-France à Port-au-Prince.


La danse et les chants font vibrer les âmes caribéennes. Le merengue, la mazurka, le zouk...


Quand Jean Price Mars écrit:


“On pourrait très justement définir l’Haïtien: un peuple qui chante et qui souffre, qui peine et qui rit, un peuple qui rit, qui danse et se résigne. De la naissance à la mort, la chanson est associée à toute sa vie”.


Ne retrouvons pas là, un art de vivre dont nous nous abreuvons au quotidien ?


Le créole, les créoles, nos créoles...sont eux aussi des instruments de parole par lesquels "nos traditions orales se perpétuent et se transforment...."



 


Mais plus encore que nos cultures, ce sont nos sociétés qui résonnent d'un même écho dans les propos de l'auteur. Il fait état de la situation d'Haïti, des entraves géo-politiques, sociales et psychologiques qui fracturent le pays.


Les révolutions d'esclaves ont permis d'accéder à la liberté. Mais le constat est, qu'après des années la situation du pays évolue lentement. La hiérarchisation de la société entre classes sociales est toujours accablante.